Chronique littéraire : De bons présages (Pratchett & Gaiman)

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On continue nos partenariats avec des blogueuses littéraires, et aujourd’hui, c’est Adlyn que je voudrais mettre en avant. Lisez l’original de sa chronique ici.

S’il y a bien un livre que je voulais découvrir depuis longtemps, c’était certainement De Bons Présages qui réunit deux auteurs que j’admire beaucoup : Terry Pratchett et Neil Gaiman. Je vous laisse donc imaginer quel fut mon couinement de joie – c’est là qu’on est heureux de vivre seul, ça évite pas mal de ridicule ! – lorsque je l’ai découvert dans le colis de Noël que m’avait envoyé la super copinaute Gaëlle de Pause Earl Grey. La tentation fut forte de le dévorer aussitôt mais l’envie de préserver cette lecture pour un moment où j’aurai vraiment le temps de la savourer le fut plus encore, ce n’est donc que 4 longs mois plus tard que j’ai enfin découvert ce roman.

L’Apocalypse arrive : l’Antéchrist est sur Terre, annonçant l’approche de la fin du monde. Deux êtres diamétralement opposés, l’ange Aziraphale et le démon Rampa, sont chargés de veiller sur lui afin qu’il bénéficie d’une équité totale entre Bien et Mal pour grandir. Mais les deux gardiens égarent malencontreusement l’enfant qui grandit finalement de lui-même, laissant planer l’incertitude sur les effets de cette éducation sans guides moraux.

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Dichotomie & humanité.

Le roman se base entièrement sur la dichotomie biblique entre le Bien et le Mal : les deux forces en présence sont diamétralement opposées et ont pour seul point commun de n’exister que pour s’affronter. Cependant, cela, c’est la théorie. Car, lorsqu’il s’agit de personnifier ces deux entités, Pratchett et Gaiman choisissent, au contraire, de créer des personnages qui, malgré tout ce qui les oppose, présentent aussi nombre de points communs. Même si Aziraphale est au service du Bien absolu, il n’est pas exempt de défauts pour autant et admet qu’il est parfois nécessaire de transgresser certaines règles. De même, Rampa est au service du Mal absolu mais n’est pas prêt à détruire pour le simple plaisir et admet que certaines choses valent la peine d’être sauvées. Les deux auteurs démontrent ainsi que rien n’existe sans l’autre : Bien et Mal sont interdépendants, s’affectent l’un l’autre et doivent se teinter de nuance pour atteindre leurs buts respectifs.

La dichotomie est ainsi rompue et les auteurs imposent un lien entre eux : l’humanité. L’histoire repose sur le principe du libre-arbitre laissé aux hommes, les entités bénéfiques ou maléfiques pouvant influencer leurs choix mais non décider à leur place. Involontairement, l’Homme est donc le terrain de conquête des deux puissances en présence et est celui qui a le plus à perdre mais qui est aussi le seul à pouvoir tout arranger. L’Antéchrist, ici nommé Adam, est la représentation même de l’humanité dans De Bons Présages, prédestiné qu’il est à conduire le monde à sa propre perte alors même qu’il ne le veut pas. S’il laisse sa nature agir d’elle-même, l’Apocalypse arrivera d’elle-même – via ses Quatre Cavaliers : Guerre, Famine, Pollution (Pestilence ayant pris sa retraite après la découverte de la pénicilline) et Mort – mais il a aussi la possibilité de prendre conscience des ravages qu’il produit autour de lui et, peut-être, d’agir pour sauver cette humanité qu’il est en train de détruire. Le message, au-delà du personnage d’Adam, va donc au lecteur encouragé à agir pour la société qui l’entoure et se détériore.

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Fin & commencement.

Au premier abord, le bilan posé par le récit de Gaiman et Pratchett semble franchement négatif : les personnages évoluent dans notre société moderne où les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse – les trois premiers, surtout, la Mort étant bien définie comme ayant un statut à part – semblent dotés de tous les pouvoirs tant leur expansion s’est faite grande par le biais de l’humanité. Par ce scénario catastrophe, les auteurs nous exposent en fait indirectement que la fin est déjà en marche : les trois personnages allégoriques ne sont mis en scène que pour expliciter le fait que la guerre, la famine et la pollution règnent déjà sur le monde. On pourrait juger que les deux auteurs peignent un tableau vraiment pessimiste de la société humaine et pourtant, force est de constater qu’ils en peignent surtout un tableau fort réaliste, tel qu’on peut le voir évoluer de nos jours.

Pourtant, ce bilan est finalement teinté d’une nuance d’espoir puisque ces fléaux ne sont pas inéluctables. En effet, durant le récit, les trois premiers Cavaliers de l’Apocalypse pointent eux-même du doigt leur différence d’avec le quatrième, la Mort : eux peuvent disparaître, comme l’a fait Pestilence avant eux, tandis que cette dernière est inéluctable. À travers le personnages d’Adam, les auteurs cherchent bien à mettre en évidence le fait que nous ayons le choix. Ils ne prônent certes en rien que l’avenir de l’humanité va s’améliorer dans les années à venir mais ils lui laissent au moins le bénéfice du doute, l’occasion de le faire pour peu que les consciences se réveillent. L’astuce de la chose résidant bien évidement dans le fait que De Bons Présages a, bien sûr, pour but de réveiller ces fameuses consciences indirectement.

Roman engagé sous couvert d’humour, petite leçon de vie au milieu d’une fiction rocambolesque, ébauche de philosophie sur fond d’absurde, De Bons Présages est bien des choses à la fois et, bien sûr, c’est un livre que je vous recommande absolument.

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